Les pieds dans l’eau...

On aurait pu penser que les nouveaux bassins d’orage construits sur le territoire communal éviteraient à certains habitants d’avoir les pieds dans l’eau.

Et pourtant !
Ce jeudi 19 mai 2022, certains riverains des chaussées de Saint-Job et d’Alsemberg, ainsi que de l’avenue De Fré ont à nouveau eu leurs caves, garage et/ou rez-de-chaussée inondés.
Chaussée de Saint-Job les plaques d’égouts se sont soulevées ; avenue De Fré, c’était quasiment un torrent.

Pourtant de grands bassins d’orage ont été construits dans ces zones pour éviter ce problème : l’un sous la place Saint-Job et l’autre sous la chaussée de Saint-Job à hauteur du magasin Sequoia ; un dernier encore a été construit à très grand frais sous l’avenue De Fré entre la Haute Ecole HE2B et la rue de Stalle à hauteur du parc Raspail.
Il s’agit pour ce dernier d’un ouvrage d’art de très grande taille ; il suit le trajet de l’Ukkelbeek sur plus d’1,4 km, avec un diamètre de presque 5 mètres et une capacité de rétention de25.000m3

Par ailleurs, à deux reprises en 2021, lors des grandes pluies, l’avenue De Fré a quand même été inondée !

Que s’est-il donc passé ? Bassin trop petit ? Avaloirs bouchés ? Mal dimensionnés ? Pourquoi donc le bas de l’avenue De Fré était-il sous eau ce 19 mai ?

Vivaqua signale que le bassin d’orage a fonctionné et s’est rempli à concurrence de 38 % de sa capacité. Pourquoi pas plus ? Ce serait la faute des avaloirs… Pas assez nombreux, ne permettant pas d’« avaler » autant d’eau que nécessaire, et peut-être en partie bouchés…
Les avaloirs ne sont pas de la compétence de Vivaqua, mais de la Région, l’avenue De Fré étant une voirie régionale. Si tel est le cas, peut-on imaginer qu’aucune étude globale n’ait été réalisée qui aurait déterminé le nombre d’avaloirs, leur taille et le diamètre nécessaire des déversoirs et égouts, alors que le bassin d’orage était un chantier d’ampleur (3 ans de travaux), ayant coûté très cher, pour assurer son fonctionnement optimal et éviter les problèmes d’inondation aux riverains ?

L’affaire est peu crédible : un magnifique bassin d’orage rempli à « seulement » 38 % de sa capacité maximale laissant le quartier inondé, parce qu’il n’est pas alimenté par un nombre suffisant de bouches d’égout ? Ou un nombre de déversoirs insuffisants ou sous-dimensionnés incapables d’absorber l’eau et de remplir le bassin ?

Et qu’en est-il pour la chaussée Saint-Job ? Pourquoi était-elle inondée ? Le bassin d’orage était-il rempli ?

Chaussée Saint-Job à hauteur de la rue Basse, le 19 mai 2022 vers 12h00

Le regard de la Commune

Manifestement, renseignements pris à la Commune, l’affaire est plus complexe qu’il n’y parait :
La lutte contre les inondations est un phénomène complexe et il ne suffit pas d’avoir un bassin d’orage. Les épisodes de pluies diluviennes se multiplient.

Avenue De Fré, vu la pente, l’eau dévale extrêmement vite et en très grande quantité ; il faut donc essayer de la capter à de multiples endroits en amont.

Il faut aussi que les bassins d’orages fonctionnent au maximum de leur capacité si c’est nécessaire. Pour l’avenue De Fré, il manquerait des avaloirs ; la Commune va donc faire une demande à la Région. Malgré ça, il y aura certainement encore des inondations et il faut travailler sur tous les plans et proposer tous les aménagements de surface possibles : noues, surfaces perméables, bassins de rétention à ciel ouvert, …mais aussi par exemple la suppression des soupiraux dans les zones à risque. Ils peuvent être remplacés par des aérations en cave qui prennent l’air au-dessus du niveau habituel d’inondation.

Un autre problème important auquel la Commune fait face est le morcellement des pouvoirs à Bruxelles. A la Bascule par exemple, la zone de la chaussée de Waterloo située au croisement avec la rue Vanderkindere est souvent inondée. Les égouts ont été contrôlés mais l’eau arrive trop vite et les égouts sont saturés. La Commune aimerait prévoir une évacuation d’une partie de l’eau vers le Bois de la Cambre. Malheureusement la chaussée est régionale et le Bois de la Cambre est sur la Ville de Bruxelles. Pas évident de travailler de manière efficace quand il y a tellement d’intervenants !

La Commune n’est pas non plus toujours informée des inondations chez les particuliers. Un formulaire en ligne (https://arcg.is/Oy5bXu) est à disposition pour la prévenir. C’est une des clefs de la recherche de solution : les riverains inondés ne doivent pas hésiter à le remplir pour que les autorités sachent où se produisent les inondations.

Uccle compte 3 vallées…

Et donc 3 zones de possibles inondations : l’Ukkelbeek (De Fré et Stalle), le Geleytsbeek (chaussée de Saint Job et plaine du Bourdon) et le Linkebeek. Mais ce 19 mai, malgré les bassins d’orage, deux de ces vallées étaient sous eau : celle du Geleytsbeek et celle de l’Ukkelbeek.
Depuis des années, l’ACQU soulève la question des inondations sur le territoire de la Commune. Et malgré les politiques mises en place, plusieurs constatations s’imposent :
 Les bassins d’orage doivent être évalués pour servir de la manière la plus efficace. Il n’est pas concevable qu’un bassin comme celui de l’avenue De Fré soit utilisé à concurrence de 38% de sa capacité alors que certains habitants ont les pieds dans l’eau.
Ajouter des avaloirs, les agrandir (à San José, capitale du Costa Rica certains avaloirs font 1 m2, oui vous avez bien lu : 1 mètre sur 1 mètre ! Les pluies sont quotidiennement diluviennes…), les modifier, redimensionner l’égout qui amène l’eau au bassin d’orage depuis les avaloirs… ; il faut déterminer les points d’étranglement du réseau et les éliminer ; des réglages doivent être réalisés pour optimaliser la récolte de l’eau.
 Il faut promouvoir tout type d’aménagement qui permet d’absorber l’eau des pluies intenses : noues absorbantes, tranchées, …Même s’ils ont été considérablement améliorés ou augmentés en nombre ces dernières années, ils sont encore vraiment insuffisants.
 Mettre en place un système qui permet facilement et très rapidement aux habitants de signaler les problèmes d’inondation à la Commune. Si la Commune n’est pas informée, comment peut-elle agir ? La Commune doit aussi informer dans le détail les habitants des mesures qui sont prises et de leur suivi pour que leur problème soit réglé ou soit atténué.
 Mais surtout il faut réguler la pression urbanistique : on continue de construire des immeubles partout et en grand nombre, même dans des zones où c’est contraire au bon sens.

La cave d’une maison de l’av de Fré, le 19 mai 2022

Nous ne pouvons que reprendre ce que nous proposions dans notre Lettre aux habitants n°69 de septembre 2011, (pg6) :
« La pression urbanistique n’a pas aidé à préserver des espaces naturels nécessaires à l’écoulement de l’eau : les étangs et les prairies absorbantes ont été supprimés les uns après les autres. Pire, cette pression urbanistique ne cesse de s’intensifier, le réseau d’égouttage n’a pas été redimensionné depuis le début du XXéme siècle et surtout l’imperméabilisation des sols (rues asphaltées, parkings, toitures sans citerne, etc.) favorisent le ruissellement rapide des eaux pluviales. »
Espérons que le politique entendra ce message répété depuis tant d’années !

F.V.E.

22 mars 2024